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lundi 16 juillet 2012

Tristesse Contemporaine - Tristesse Contemporaine (2012)

Cet article est à retrouver dans le numéro 14 de Crumb Magazine.
Label : Dirty / Pschent Music 
Date de sortie : 25 Mars 2012

D’apparence cosmopolites, nos métropoles sont rapidement devenues tentaculaires. Erigeant les fantômes et le sang versé en statues, portant les cicatrices des époques, nos villes contemporaines reflètent le poids des combats. Les combats triomphants de nos idéaux démocratiques sur la sauvagerie, le poids des âmes écorchées. Cet héritage culturel que l’on balaie, par habitude, d’un revers de main chaque matin en se rendant au bureau prend une toute autre ampleur avec des yeux étrangers. Ce n’est qu’à l’étranger que l’on prend le temps de s’enivrer de l’histoire pour essayer de capter l’ambiance, la culture, les mimiques, ce n’est qu’à l’étranger que l’on mesure le poids du passé. 

Malgré son patronyme français, Tristesse Contemporaine est un groupe d’exilés venus poser leurs valises à Paris. Narumi est japonaise, Léo est suédois et Maik est anglais et accessoirement, le chanteur d’Earthling. Assommés par le poids de l’histoire et assoiffés de comprendre l’époque dans laquelle ils vivent, Tristesse contemporaine érige un constat froid et métronomique tout en négation à la manière de The XX en 2009. C’est sensiblement la même ambiance nocturne qui se dégage de cet album. Une voix trip-hop feutrée et fatiguée, des choeurs cotonneux, une ligne de basse omniprésente, des références communes - Joy Division, The Cure, mais aussi une pointe de modernité grâce à la production léchée de Pilooski qui trace le sentier de nos oreilles via une mise en relief des basses, permettant de se retrouver dans ces sonorités brumeuses et entêtantes. 

Tristesse Contemporaine érige le constat vaporeux et hypnotique d’une génération nombriliste qui se perd dans les dédales de ses pensées nocturnes, une génération de fourmis grandiloquentes et déracinées qui se réveillent tous les matins avec la gueule de bois. Un univers que les milieux branchés, adeptes des énergies froides, se sont empressés d’incorporer notamment avec «I Didn’t Know» qui rythma le dernier défilé Chanel. Un excellent disque en somme, parsemé de volutes d’opium, lorgnant plus du côté narcotique que mélancolique. Foncez.

Paul Bousquet

Darius - Velour EP (2012)



Cet article est à retrouver dans le numéro 14 de Crumb Magazine.

Label : Shiny Disco Club
Date de sortie : Avril 2012

Concernant la scène électronique française, 2012 se présente peu à peu comme un millésime. Après l’excellent EP - Down The Road des C2C en début d’année, c’est au tour d’un jeune bordelais d’haranguer les foules. Darius aka Terence N’Guyen crée la bande son de l’été en sortant son premier EP, Velour. 

Le Velour, cette matière noble, chaude et sensuelle qui se décoiffe dés qu’on l’errafle. D’apparence sensuelle avec des titres béats comme Falling In Love ou Dans Tes Yeux, la musique de Darius se révèle très vite remplie de ces petites aspérités charmantes que l’on ne ressent qu’avec les doigts. Armé de ses samplers, Terence N’Guyen crée une bulle synthétique. Une bulle de sodium remplie de sable chaud, de surfeurs photoshopés et de nanas intellectuelles en bikini. Ces pimbêches aux yeux clairs de la côte Atlantique, toujours plus blondes, toujours plus bonnes. Une carte postale de fin d’après-midi où les corps naïfs et satinés cotoient du bout de l’orteil les écumes bleues nuit dans un soleil couchant. Ces corps qui se meuvent sous les synthétiseurs hypnotiques et finissent par se désosser sous les beats funky. Des sonorités french touch très 90’s qui ne sont pas sans rappeler les débuts des Daft et leur Homework

En bref, cet EP est un hymne à cette belle saison qu’est l’été : ses Road Trip, ses afterworks éthyliques en terrasse et ses plans dragues éphémères de gros lourd qui ne reste qu’une semaine. Que dire de plus ? Bonnes vacances, vous les avez bien mérité.

Paul Bousquet

samedi 25 février 2012

Memoryhouse - The Slideshow Effect (2012)

Cet article est à retrouver dans le numéro 13 de Crumb Magazine

Label : Sub Pop
Date de sortie : 27 février 2012


Memoryhouse est le projet artistique du compositeur Evan Abeele et de la photographe Denise Nouvion. En 2007, les deux canadiens collaborent et s’inspirent mutuellement jusqu’à créer un univers à la fois esthétique et symphonique. La photographie et la musique, deux mondes profondément liés mais rarement pensés ensemble ailleurs que sur un plateau de cinéma. De cette rencontre découle un premier EP fin 2009, The Years, puis leur premier album, The Slideshow Effect - L’effet du diaporama pour les anglophobes, que l’on peut traduire ici par l’enrobage musical de leur oeuvre picturale.

Le ton est alors donné, Memoryhouse crée une musique qui transcende son image et une image qui transcende sa musique, le projet tient la route et les deux canadiens commencent par embaumer le web de vidéosDes clips créés à partir de courts-métrages d’archives, remplis d’adulescentes fatales, assemblés et synchronisés par le maître du genre, Jamie Harley - How To Dress Well, Twin Shadow, Memory Tapes. Les clips sont projetés sur le groupe durant les concerts, ce qui permet au duo de conquérir les salles du monde entier avec leur royaume éthéré, froid et intemporel aux couleurs craies. Une voix qui rappelle Zooey Deschanel et un univers en forme d’hymne à la vie, hypersensible et voluptueux, lancinant et éphémère, comme un nuage d’amour ardent dans un pays enneigé où chaque pas bien que vaporeux laisse un sillon indélébile dans la poudreuse de votre encéphale gauche. Les mêmes sillons dream pop qu’avaient pus creuser Beach House l’an dernier mais que l’été avait ensablé.

En somme, de la musique de matelas qui se partage peau contre peau, nappant votre studio de ses plus belles effluves intemporelles. Celle qui s’encre dans votre mémoire et dans celle de vos murs. La BO de votre cocon hivernal rempli de papillons éphémères qui paressent sur les vitres. Le disque qui reflétera toujours février 2012 et ses ectoplasmes fugaces, celui qui vous hantera à perpétuité comme le souvenir nostalgique d’une époque déjà révolue. Memoryhouse est un tout, la musique que l’on écoutera les yeux embués d’euphorie face aux vitres larmoyantes et inversement, question de temps. 


Paul Bousquet


jeudi 26 janvier 2012

Duellum - For Some Reasons I Want To Talk (2011)


Date de sortie : Décembre ’11
Label : Ouich Eaters

2007, Jonathan et Arthur se rencontrent sur les bancs de Science-Po Paris, de fil en aiguille ils rencontrent Fred et Hugo et décident de monter Duellum. Un patronyme érigé en ode à Baudelaire et ses Fleurs du Mal, de très bon ton dans une époque où les BB Brunes crapotaient leurs Marlboro en lisant Oscar Wilde. Cette même époque où The Kooples vendait encore des fringues hors-soldes, tu t’en souviens peut-être, lecteur. Du coup, sous l’influence du mouvement et de leur jeune âge, les Duellum gratouillaient quelques accords dans leurs sous-sols en chantant en français. La mèche luisante, les petits jeunes s’expatrient à Londres dés leur majorité et murissent en écumant les scènes débridées d’Outre-Manche tout en étoffant leur bibliothèque musicale avec les pionniers du minimalisme, Steve Reich et Philip Glass. Puis Phoenix sort son Wolfgang Amadeus et Foals son Antidotes aux maux fleuris des Duellum : le français. Désormais bilingues, ils continuent Science-Po et achètent une cafetière afin de pondre la maquette d’Elliptical Premises / McBeth, titre qui se retrouvera sur les ondes de la BBC.
De retour à Paris, les Duellum sont approchés par les petits génies audiovisuels du tout jeune collectif Ouich’Eaters : de jeunes trentenaires lassés des contraintes de l’industrie artistique qui laissent éclater leur créativité pour leurs nouveaux protégés. Ils réalisent le premier clip du quatuor et sortent leur premier EP : For Some Reasons I Want To Talk.
On a tous des raisons de parler mais encore faut-il posséder l’art et la manière. Et les Duellum les possèdent tout deux, ils ont la verve intelligente et intelligible. Intelligente dans la mesure où, grâces à leurs multiples influences souterraines, les quatre garçons composent aussi bien de l’electro dans l’optique de Vitalic que du rock dans la veine de Foals. Toujours très rigoureux, mathématique et quasi-géométrique. L’effet science-po ? Probablement, tout est réglé au millimètre, les salves de guitare n’enfument jamais la voix ou les rafles synthétiques, la production est parfaite. On aurait pus craindre que cette aseptisation quasi-maniaque d’un rock qui se veut crasseux par nature crée leur perte mais il n’en est rien, c’est là qu’il est intelligible. Le corps bouge aussi bien sur les montées soniques que sur les assauts de batterie, laissant libre champs à une basse qui crée la profondeur.

En résumé, For Some Reasons I Want To Talk et ses six titres ne semblent pas assez pour contenir la créativité érudite de ces Duellum décidément très bavards. Véritables touches-à-tout, ils résolvent les équations de chaque genre musical puis redessinnent les courbes tranchantes d’une architecture harmonique et harmonieuse. Un EP sans cloisons donc, auquel on ne peut pas vraiment coller d’étiquette, il était grand temps que les Duellum s’expriment.

Puro Instinct - Headbangers in Ecstasy (2011)


Cette chronique est à retrouver dans le numéro 10 de Crumb Magazine.

Label : Record Makers
Date de sortie : Octobre ’11

Skylar et Piper Kaplan sont deux soeurs originaires de Los Angeles, âgées respectivement de 16 et 22 ans. Elles débutent en 2009 sous le blase de Pearl Harbor en sortant un EP de dream pop ensoleillée, Something About the Chapparals. Rapidement encensé par la critique puis rapidement lapidé par les conservateurs américains à cause d’une homonymie plutôt douloureuse pour les papys-moignons ravagés par les éclats d’obus japonais de 1941; les soeurs Kaplan se voient contraintes d’opter pour un nom moins patriotique et, qui-plus-est, bien plus facile à googler : Puro Instinct. Remises à neuf, les deux blondies en profitent pour sortir leur premier album, Headbangers in Ecstasy, en s’entourant de quelques musiciens et de leur pote Ariel Pink, la légende du lo-fi californien qui a remis le rétro-kitch mielleux et poppy au goût du jour.

Clairement, si les soeurs Kaplan ne nous avaient pas dit d’où elles sortaient on l’aurait deviné. Tout simplement car leur son transpire cette ambiance propre aux nuits de Los Angeles; le côté clair de lune ensablé d’une guitare grattée finement, le glamour des saxophones fuyants ou encore le côté superficiel avec ses nappes de synthés 80‘s.

A l’écoute du disque, on a le cliché en tête. Celui d’une Cadillac clinquante arpentant la route esseulée de Mullholland Drive face au flambeau lunaire, les étoiles et les lampadaires glissent tour à tour sur le capot. Á l’arrière, deux teens candides en minishort de jean’s étriqué s’enfoncent dans le cuir mousseux et balancent leurs têtes en arrière en profitant d’un trip bien dosé. Les chevelures dansent, les sourires se figent, les yeux larmoient face à la brise, et vous, vous les fixez dans le rétroviseur, fasciné par tant de pureté instinctive. Le moment dure une éternité. Vous clignez des yeux, rapide coup d’oeil sur l’asphalte et halo lumineux de la Porsche d’en face plein phare, elles ont disparu. Vos nymphettes se sont fait la malle en même temps que le changement de disque.

Puro Instinct s’apparente à ça. La version nocturne et séduisante d’un L.A. que l’on ne perçoit plus que de jour avec des artistes comme les Drums, Best Coast ou encore Wavves. Subtil, sensuel, addictif, éphémère, la recette d’un très bon disque qui accompagnera assurément vos dernières soirées estivales. Foncez.

Washed Out - Within & Without


Cette chronique est à retrouver dans le numéro 10 de Crumb Magazine.

Label : Domino
Date de Sortie : Juillet ’11

Quand Konbini demande à Ernest Greene aka. Washed Out comment se définirait-il à travers les termes de «chillwave, glo-fi, hypnagogic pop, electro-funk», il répond simplement que tout ces termes l’ont probablement défini il fut un temps mais que ce n’est plus le cas désormais. Tourner le dos à la «Chillwave», ce n’est pas nouveau. Toro Y Moi avait effectué la même manoeuvre il y a quelques mois, s’engonçant même de ce «terme un peu idiot» qui lui a pourtant fait connaitre le succès - voir interview Crumb #7. Pourquoi ces revirements ? Tout simplement car la chillwave est une musique qui se crée avec des bouts de ficelles (ndlr : Washed Out avait composé ses deux premiers EP sur l’ordinateur familial..), certains pensent que ces artistes sont peu crédibles et surtout que leur mouvement est éphémère. Du coup, les insiders font tout pour décoller la fâcheuse étiquette, transformant les revenus de leurs premiers EPs en matériel flambant neuf pour commencer la chirurgie réparatrice de leurs morceaux émiettés. Faire peau neuve quand on est un précurseur de la chillwave ? Pas si facile.

Washed Out sort son véritable premier album, Within & Without, et se fait produire par Ben Allen (Animal Collective, M.I.A., Deerhunter, Gnarls Barkley...). Les morceaux sont lustrés et épurés; Ernest Greene va au bout de ses idées en insérant une multitudes de micro-effets voguants de l’oreille gauche à la droite comme sur Echoes par exemple : de petits galets frottés massant les tympans langoureusement. On est relativement proche de titres comme Feel It All Around que l’on a gobé tout l’été dernier, c’est juste moins crade. Synthétiseurs, voix lointaines, tempo lancinant, violons parfois, Within & Without est un véritable disque cocooning comme sa pochette l’indique, un album un peu mou et mélancolique taillé pour les insomnies ou les grasses mat’ avec la particularité de ne pas se fondre dans le décor et de garder vos yeux pochés relativement vifs devant votre verre de jus d’orange.

Avec la volonté certaine de faire grandir sa musique et de se dédouaner d’un courant qui s’est autodétruit avec le temps, Washed Out fait évoluer la forme de son oeuvre en éliminant les impuretés de ses anciennes productions pour ne garder que l’essentiel, le fond, l’émotion. Ainsi, sa musique de blogosphère a mué pour rejoindre le club très privé des grands disques pop. Premier véritable artiste chillwave à sortir son épingle du jeu, Ernest Greene n’a pas fini de faire parler de lui.

Smith Westerns - Dye It Blonde (2011)



Cette chronique est à retrouver dans le top 2011 du numéro 12 de Crumb Magazine page 100 ici.

Date de sortie : 18 janvier 2011
Label : FAT POSSUM

On écrivait dans ces mêmes colonnes l’an dernier que 2011 sera assurément l’année des Smith Westerns. Pari réussi, le succès critique et commercial est au rendez-vous pour les jeunes chicagoans qui ont profité de la démocratisation de leur second disque pour tourner dans le monde entier mais aussi pour élargir leurs centres d’intérêt comme on peut lire sur leur page Facebook : «Pu$$y & Weed». Un an plus tard, Dye It Blonde, n’a pas pris une ride, bien au contraire. À la manière d’un bon vin nouveau, il est resté en bouche et s’est prolongé tout au long de l’année.

Les Smith Westerns sortaient en 2009 un album éponyme dans l'air du temps. Enregistrement crasseux dans un garage, saturation poussée à bloc, voix engorgée sous les couches de guitares. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, le tout restait mélodique, voire même très entrainant. Du glam-rock plongé dans ses cendriers puis rénové par une petite bande de jeunes épileptiques.

Toutefois, le culte de la crasse et du vinyle rayé a prit fin et les chicagoans l'ont compris très tôt. De leur attirail flétri et défraichi, ils n'ont gardé que le costume. Ainsi, ces éternels hipsters bucheronnés signent une production soignée aux petits oignons. Tee-shirt et slims déchirés, marinières, croix latines tenues par deux morceaux de ficelle qui s’effilochent, beaucoup de cheveux et des bottines abrasées vissées aux orteils. Les Smith Westerns, c'est aussi ça et Dye It Blonde montrent très bien cet éclectisme vis-à-vis des vieilleries et notamment des années 70.
Adieu donc lo-fi et esprit Sex Pistols, le trio mûrit et met au monde un album de pop anglaise bien trempée avec un esprit plus Bowie. Des morceaux voluptueux et aérien comme All Die Young qui dévoilent leurs arômes au fur et à mesure des écoutes. D'autres devenus très entêtants, comme Weekend ou Dance Away ont rythmé notre année.

Le second album est toujours un examen difficile qui fait office d'adolescence, il permet de constater bien souvent la manière dont le groupe a consommé son succès et son nouveau statut social. Les jeunes Smith Westerns l'ont réussi avec brio, devenus vaporeux et gracieux tout en restant candide et rafraichissants, Dye It Blonde est l'un de ces disques que l'on aura apprécié au printemps, les cheveux au vent et les yeux dans le rétroviseur, sans jamais le sortir de la boite à gants. Affaire à suivre.

Metronomy - The English Riviera (2011)



Cette chronique est à retrouver dans le numéro 12 de Crumb Magazine page 100 ici.


Date de sortie : Avril ’11
Label : Because Music

La vie est plus forte que tout. Que ce soit un décès, un succès, un échec, des milliers de morts, la vie finit toujours par reprendre son cours. Rien ne reste, tout s’oublie. C’est ce qu’on a pensé chez Crumb quand on a remarqué que certains critiques de France et de Navarre n’ont pas inclus Metronomy dans leurs tops de 2011. Ces mêmes rédacteurs qui n’ont eu de cesse d’encenser le quatuor toute l’année pour grappiller quelques clics l’ont tout simplement éjecté du bateau, transformant The English Riviera en vaguelette terne. Soucis éthique oblige, le succès populaire d’une oeuvre entraine sa chute immédiate dans le cercle très fermé de la masturbation intellectuelle.
Pour notre part, on a décidé de jouer carte sur table. Metronomy est un grand groupe. Pas seulement parce qu’on a eu la chance de les rencontrer dans notre numéro 10 mais parce que les anglais ont été LE phénomène de 2011 qui ont fait vibrer le monde occidental à l’unison durant les neufs derniers mois sur de la pop de qualité, brisant ainsi les clivages sociaux le temps d’un morceau.

À l’origine, Joseph Mount, la tête pensante du groupe. Il monte Metronomy en 1999 et commence à composer des morceaux sur l’ordinateur familial. Il décide de monter sur scène et se fait rejoindre par Oscar Cash et Gabriel Stebbing. Les trois amis trouvent leur -petit- public et en profite pour sortir leurs deux premiers albums, Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) en 2006 et Nights Out en 2008. La presse spécialisée étiquette Metronomy au rayon Nu-Rave, aux côtés des très encombrants Klaxons et autres Late Of The Pier. Succès éphémère, Metronomy n’a pas l’étoffe et la fougue extatique nécessaire pour faire une bonne BO de Skins contrairement aux pairs que la presse lui attribue. Gabriel Stebbing quitte le navire et le doute se trame pour le désormais duo.
Joseph Mount, encore engourdi par cette presse anglo-saxonne peu scrupuleuse, décide de composer «des chansons pop parfaites» avec cette volonté de revanche. Fini les geeks sur scène, Metronomy sera désormais un groupe live ou ne sera pas. Rejoints par Anna Prior (batterie, chant) et Gbenga Adelekan (choeurs, basse), le groupe prend un nouveau souffle et se remet au travail pour créer les prémices de son English Riviera. Deux ans plus tard, l’album sort et crée l’effervescence que l’on connait.

Onze titres, une demi-douzaine de tubes, The English Riviera est la somptueuse revanche d’un outsider. Joseph Mount laisse désormais plus de place à son songwriting et crée une atmosphère chaude que les claviers n’auraient pas pu créer seuls. Des chansons pop mélancoliques mais sautillantes, crépusculaires et langoureuses, rythmant parfaitement les balades sur cette rivière anglaise. Avec notamment She Wants et The Look, les véritables piliers du disque, Metronomy a donné naissance en 2011 aux prémices de la pop futuriste, celle qui n’oublie pas ses racines 80’s sans pour autant les étaler à outrance, celle que l’on écoutera aussi bien lors des escales printanières que lors des nuits moites estivales. L’album pop de l’année qui fera que, malgré son déséquilibre financier, politique et climatique, 2011 restera paradoxalement synonyme de métronome.

dimanche 27 novembre 2011

Justice - Audio,Video, Disco (2011)



Label : Ed Banger Records
Date de sortie : 26 octobre '11

Le nouvel album de Justice est l’occasion parfaite pour rappeler le chemin qu’a parcouru la musique électronique avant d’atteindre le grand public. Tout simplement car Justice a été l’étincelle propulsant cette musique de garage au rang de genre majeur. Vous me direz que Daft Punk, les Chemical Brothers ou encore Fatboy Slim l’avaient fait en début de millénaire. Vous n’auriez pas tort. Seulement ces derniers n’ont pas créé de véritables lifestyle Electro, n’ont pas enivré toute une génération et n’ont surtout pas donné goût à la MAO - ndlr : Musique Assistée par Ordinateur, désormais accessible par tous grâce aux prouesses de l’informatique. Mais commençons par le commencement.

2007, le ras-de-marais Ed Banger crée la sensation. À l’origine : Pedro Winter, le manager des Daft Punk. Baignant depuis plus de dix ans dans la sphère électronique, il débusque de jeunes talents et monte son label en 2003, Ed Banger Records. C’est le début du plus gros label de musique électronique du monde. À ses côtés, des amis : SebastiAn, Justice, Breakbot, So-Me, DJ Mehdi - RIP, Uffie, Feadz, Kavinsky, Mr Flash, Mr Oizo.
Une dizaine d’adulescents trentenaires qui démocratisent le son que les producteurs du monde entier ne vont pas tarder à leur envier : l’electro/rock. Très loin des Guetta, Sinclar et Solveig qui hantent les samedis soirs, les gars de Ed Banger créent le son citadin, celui qui assume son côté béton armé et caniveau sans jamais lorgner vers les plages d’Ibiza, celui qui s’écoute avec une pinte de bière et du poil plutôt qu’un whisky-coca et une chemise cintrée auréolée.
Un son parfois symphonique, souvent barbare mais surtout addictif. Et Ed Banger ne s’arrêtera pas là, ils créeront le lifestyle qui va avec.

2008, So-Me, le directeur artistique de l’écurie, entend bien mettre ses talents à contribution et réalise les clips des petits protégés. Il lance les hostilités avec D.A.N.C.E. Deux types saucissonnés en slim marchent à la Bernard de la Villardière dans des backstages branchés, leurs tee-shirts s’animent avec la bande sonore, illustrant les paroles dans un patchwork de graphismes fluo. Succès immédiat, les tee-shirts reproduits s’arrachent partout. Colette est dévalisé et les Cool Cats sont à tous les coins de rue. La veste en cuir 80‘s aux extrémités molletonnées renoue avec les jeunes qui en profitent pour faire dépasser leurs capuches flashy. Le lifestyle naît. Empruntant les sneakers du hip-hop, les slims du rock et les tee-shirt flashy de l’electro, les petits gars de Justice créent la mouvance fluo, faisant la gloire d’American Apparel et autres Sixpack, mouvance qui sévit toujours si vous avez moins de 17 ans.

À la manière d’Apple, la force d’Ed Banger n’est pas d’avoir des fans mais plutôt des adeptes de leur style de vie. Chaque artiste du label crée une ambiance particulière capable de rythmer vos journées avec fraîcheur et décontraction. Mr Oizo vous pousse du lit, Kavinsky rythme vos balades auto en puisant ses racines dans les synthétiseurs 80’s de K-2000, titillant ainsi vos rêveries de gamin à bord d’une Mustang vrombissante - Cf Drive. Breakbot créera la musique d’afterwork, celle qui vous accompagnera tout en groove lancinant vers les méandres de la nuit. Justice rythmera votre soirée, SebastiAn vous couchera et Uffie vous bordera.

Tout cela s’est fait en créant des sons cools qui vous élèvent socialement, des sons qui mettent d’accord les auditeurs mais aussi les critiques. Pas besoin de références musicales pour capter les clins d’oeil, pas besoin de masser les oreilles de quelques écoutes préalables avant d’apprécier. Il suffit de mettre «Play» et de toucher le point G de l’audition. Le résultat est sans appel, vous n’avez qu’à regarder un live de Justice. Des milliers de personnes en transe sous des coups de batteuses électriques.

C’est donc avec beaucoup d’appréhension que l’on aborde ce second album : Audio, Video, Disco. Après quatre ans d’attente, que reste t’il de la french touch ? L’étincelle de la mouvance électronique peut-elle frapper deux fois ?

On mettra des pincettes. Justice n’a pas choisi la facilité et ne sort pas un 2.0.
Effectivement, le duo a changé tout son matos et crée un son cheap, tout en empilant les références aux quarante dernières années avec des sonorités proches de Pink Floyd, Iron Maiden ou encore AC/DC. Des groupes qui sont rentrés dans l’inconscient collectif. L’inconscient collectif, oui, la clef de voute de ce nouvel album.

Les années 70 sont marquées par l’Audio devenu accessible, les années 80 par la Video - avec les premières VHS, et les années 90 par la Disco.
Vous l’avez peut-être déjà compris, AVD est le pari inconscient qu’ont eu Gaspard et Xavier, celui d’illustrer leur univers de jeunes trentenaires, leurs références populaires et accessoirement celles de centaines de milliers d’autres personnes. Leur rêve juvénile, celui de traverser l’Atlantique et de toucher du doigt les milliers de clichés qu’ils ont emmagasinés via les séries B. Les coups de feu de Magnum, les énormes trucks, les riffs de guitare bien tranchants, l’adrénaline de Die Hard, la moustache, le côté un peu grotesque de toutes ces choses qui font désormais parti du patrimoine audiovisuel mais auxquelles on repense avec toujours autant de baume au coeur. Le souvenir d’une naïveté touchante qui nous faisait aimer sans se demander pourquoi.

Aujourd’hui Justice plante encore une fois les vestiges d’un nouveau lifestyle : le retour vers les 80’s. Les trentenaires bercés aux séries B gravissent les échelons de l’industrie artistique et nous feront prochainement revivre leurs ébats de jeunesse.
C’est en cela que Justice est grand, dans sa capacité à enfoncer les portes et à donner l’illusion de la simplicité. Sa capacité à chercher les références que l’on possède tous et à les faire ressurgir inlassablement avec plus ou moins de vigueur. D’où les avis très mitigés, à vous de voir comment vous viviez ou imaginiez cette époque. Si votre puberté a été complaisante et que votre rêve américain n’a pas pris une ride, foncez.

Paul BOUSQUET

mardi 23 août 2011

Bon Iver - Bon Iver (2011)




Date de sortie : 17 juin '11
Label : 4AD

Bon Iver est une femme. Celle qui, catapultée accidentellement au creux de la lumière, a une robe un peu trop longue et masque sa timidité romantique derrière une coupe de champagne lors d'un vernissage. Son visage d'enfant gracile aux joues rosées et à la frange taillée fébrilement aux ciseaux transperce vos songes et ne vous quitte plus. Vous admirez les tableaux pour montrer que vous n'êtes pas là uniquement pour vous enfiler le foie gras mais vous ne pensez plus rien, vous la chercher du regard tout au long de la soirée. Il y a les femmes et puis il y a La Femme comme il y a les disques et puis Le Disque. Bon Iver s'inscrit dans cette dernière catégorie, le tsunami métamorphosant les flots d'albums que l'on gobe toute l'année en vaguelettes ternes.

Justin Vernon aka Bon Iver sortait son premier disque en 2008, For Emma, Forever Ago, un césame intimiste composé sur la peau d'ours d'une cabane forestière du Wisconsin à la suite d'une rupture douloureuse et particulièrement inspirante. Fort d'un succès critique incontestable, Bon Iver s'est avéré être un artiste bankable - 600 000 albums vendus à ce jour, perforant les coeurs de centaines de milliers d'occidentaux. Après deux ans de tournée, un EP autotuné - Blood Bank, et de nombreuses collaborations - Kanye West, Volcano Choir ou encore The National, Vernon entreprend la périlleuse épreuve du second album en sortant son très sobrement intitulé Bon Iver.

Fini le testament amoureux et le combo guitare/voix, Vernon livre un album dense intrumentalement en s'entourant, en plus de ses musiciens habituels, de Greg Leisz des Joni Mitchell et de Colin Stetson, le saxophoniste d'Arcade Fire , rien que ça. Ainsi les sonorités de Bon Iver évoquent une certaine renaissance psychologique loin de sa feu désolation cardiaque, narrant ses comtines rédemptrices des quatre coins du globe. Tout comme Sufjan Stevens il y a quelques mois, Vernon a lui aussi pas mal empilé les arrangements electroniques. Sans pour autant créer quelque chose de lourd et d'indigeste, les mélodies restent finement ciselées et les envolées lyriques toujours aériennes, on gagne simplement en profondeur tout en s'éloignant des sentiers sur-battus de la folk de Neil Young.

En définitive, ce nouveau Bon Iver est un véritable bijou. Prenant le risque de froisser son auditoire en empruntant le chemin des studios high-tech, Vernon livre cette fois-ci un disque empreint de vie, une vie enivrante de beauté qu'on ne se gargarisera plus d'écouter dans la pénombre, en Iver comme en été. Ce type a tout compris.

Paul Bousquet

dimanche 8 mai 2011

The Raveonettes - Raven In The Grave (2011)


Label : Vice Records
Date de sortie : Avril 2011



En matière de duo rock mixte, mon coeur a toujours ballotté années après années entre les anglais des Kills et les danois des Raveonettes. Sune Rose Wagner est aussi blonde qu'Alison Mosshart brune, Sharin Foo a le cheveux aussi luisant que Jamie Hince. Blouson cuir, foulard et jean's rapiécés, la forme est là mais qu'en est-il du fond ? Le mois dernier, on a eu l'occasion d'assister à la sortie simultanée du nouvel album des Kills - Blood Pressures et de celui des Raveonettes - Raven In The Grave. Une fois de plus, mon coeur gargouillant s'est scindé, se demandant laquelle est la meilleure au pieux, laquelle a l'univers le plus attractif, laquelle me fera toucher les abysses dans une romance intemporelle. Après une pratique intense et un rafistolement cardiaque, j'ai finalement décrété que cette année, je préfère les blondes aux yeux charbonneux.

Raven In The Grave, traduisez : Corbeau dans la tombe. Thèmes récurrents d'Edgar Allan Poe ou de Baudelaire, ce rapace est synonyme de perte physique ou affective. Touché, c'est l'âme meurtrie par des années de méandres affectifs que l'album fut composé. Le duo s'éloigne de leurs sonorités habituelles riche en stupéfiants, plus proche d'une shoegaze début 90's à la Slowdive ou, plus récemment, de groupes comme Warpaint. Le disque parcourt avec fébrilité et puissance les oscillations d'un sentimentalisme obscur. Ainsi avec Recharge & Revolt - LE morceau que l'on retiendra, Sune Rose Wagner nous confie avoir voulu écrire "un lovesong épique sur une relation durable et agitée", Ignite lorgne clairement du côté des plages tandis que War In Heaven empile les ossements.

A l'image d'une liaison, Raven in the Grave oscille entre effluves de vies et fragrances morbides, mêlant parfois les deux pour toucher les cieux comme sur Recharge & Revolt. Probablement l'album le plus sombre du groupe, l'album qui renferme les secrets des coeurs brisés, l'album qui n'a laissé filtré aucun UV. Un très bon cru 2011 en somme, tant que vous ne vous attendiez pas à un disque rempli de crèmes glacées et de beach volley.

Paul Bousquet

Fleet Foxes - Helplessness Blues (2011)


Label : Sub Pop
Date de sortie : 3 mai '11

 
Voilà, nous y sommes, la chronique du nouveau Fleet Foxes, Helplessness Blues. Si vous avez soif de superlatifs vrombissants, passez d'ores et déjà votre chemin. Les "bardes de Seattle" m'ont toujours assomé avec leurs chants d'abbés unijambistes. La puissance de l'ecclésiastisme, la douleur dans la voix et le côté ennuyeux poussé à son paroxisme. Depuis 2008, les Fleet Foxes c'est ça, une religion de plus, une secte qui réussit pas trop mal en somme puisque le premier album éponyme avait passé la barre fatidique du million d'exemplaires vendus. Un mouvement en plein essor : on a même eu nos bardes à nous en France l'an dernier, souvenez vous, Les Prêtres, Spiritus Dei, 800 000 albums vendus. Mais que se passe-t'il ?

Etant donné l'ampleur que prend le phénomène, j'ai décidé de mener l'enquête et de vivre une après-midi dans la peau d'un Fleet Foxes. Chemise de bucheron, barbe, pieds nus, paille dans les cheveux; je me suis rendu dans un petit bosquet tenu par des chèvres avec un casque bien vissé sur le crâne dans l'optique de découvrir les merveilles d'angélisme que clâment hauts et forts mes compères.

Un silence digne des meilleures brochures de Gite Nature, l'herbe gratte, les choeurs flottent dans l'air puis tourbillonnent, les guitares sont claires, je baille. C'est joli la nature quand même, attraper le poisson de rivière à la main. Ah bah tiens, un mail, pas de 3G, d'accord. "Eh, la chèvre, c'est quoi le code du wifi ?, -Non, non, c'est la chronique des Fleet Foxes, déconne pas, communie avec la nature". Et là, blackout, ou insolation, appelez ça comme vous le voulez.

Fort de cette expérience fortuite, j'ai rapidement compris que les Fleet Foxes me voulaient du mal, pire encore, qu'ils voulaient la mort d'un connard de jeune ultra-connecté. Très bien, ce sera sans moi cette fois-ci. "Le parfum de mille roses ne plaît qu'un instant mais la douleur que cause une seule de leurs épines dure longtemps après la piqûre.", dixit JH. Bernardin. La douleur, je la ressens toujours depuis 2008 mais si votre tarin s'émerveille encore de fragrances rosées, vous pouvez toujours prendre ce disque, c'est le même que le premier.

Paul Bousquet

Craft Spells - Idle Labor (2011)


Label : Captured Tracks
Date de sortie : Avril '11

  Ramona
After The Moment

      Signé chez l'excellente écurie Captured Tracks (Minks, Yuck, Beach Fossils...), Craft Spells se présente comme le fleuron musical de la DIY music (ndlr : Do It Yourself). Armé de pénombre, d'un synthétiseur et d'une guitare, Justin Paul Vallesteros s'est enfermé dans sa chambre et a décanté le meilleur de la scène underground 80's en la mêlant aux radiations solaires de la côte ouest. La recette pop miracle qu'ont développé les Drums l'an dernier, un brin plus rêveur et éthéré, plus profond en soit.   
 
      La pochette rappelle immédiatement le Power, Corruption and Lies de  New Order, on est loin d'une simple coïncidence. Ce bouquet de roses pâles, c'est l'essence même de l'inspiration de Valleros. Chaque son est porté par ce romantisme froid et filandreux propre à Ian Curtis et ses compères de Joy Division. Les morceaux sont menés par une voix pas très punchy au second plan, recouverte de synthétiseurs vacillants, de guitares égratignées et d'une boite à rythme. Le tout patiné  artificiellement par la douceur  des nuits californiennes. 

      Vous l'aurez compris, Idle Labor n'a rien de révolutionnaire. Les revivals 80's vieillis à l'ether que l'on reçoit régulièrement commencent même à me pomper légèrement. Malgré cela, Craft Spells reflète simplement son époque : l'art de faire du neuf avec du vieux. Les gens déchirent leurs tee-shirts, Valleros ensable ses vinyles. Une affaire de mode ? Probablement mais en attendant, on chillera sur Craft Spells cet été.  


Paul BOUSQUET

lundi 7 mars 2011

Radiohead - The King Of Limbs (2011)



Date de sortie : 18 février '11
Label : Autoproduit

Le buzz avait éclaté le lundi 14 février dernier : Radiohead remet le couvert avec un huitième album. Quatre jours plus tard, The King Of Limbs est dévoilé aux yeux de tous, professionnels et auditeurs, mettant tout le monde sur un pied d'égalité. La blogosphère est en branle, chacun se précipite pour écrire sa chronique dans les heures qui suivent pour toucher sa part de référencement Google. Par respect pour l'oeuvre et le groupe, on a préféré prendre notre temps et s'enivrer inlassablement des multiples strates de ce monolithe avant d'y associer quelques mots.

Tout commence par un océan synthétique sombre et agité. Bloom libère de petites pulsations electroniques avec un côté tribal qui acclimate les oreilles sensibles aux acouphènes vers les sentiers prédestinés que vont prendre le disque. Une ambiance qui fait penser aux expérimentations passées, entre Amnesiac et Hail To The Thief. La passion grandissante de Thom Yorke pour la scène électronique berlinoise et notamment Apparat avec son projet solo The Eraser répend plus que jamais ses essences. Le groupe suit cette même trajectoire très sombre durant toute la première partie du disque. Des textures abrasives et froides, de véritables abysses angoissants et aliénants menés du bout des lèvres par la voix atone et spectrale de Yorke. Un réceptacle de folie à l'image du clip de Lotus Flower paru il y a quelques semaines qui mettait en scène le chanteur complètement désarticulé et épileptique. Le côté expérimental est tranché par Codex, première "vraie" chanson et véritable chef d'oeuvre gracîle et profondément émouvant qui rappelle Pyramid Song et Videotape. L'arrivée des cuivres insuffle un peu de vie dans cet univers morne et profondément solitaire. L'image du radeau bravant la tempête s'estompe peu à peu pour laisser place aux rivages sur Give Up The Ghost. La mélodie reprend le dessus et on revient vers quelque chose de plus classique pour le groupe avec son lot de choeurs et sa guitare effleurée. Separator, ultime morceau, clot les rêveries en douceur, laissant planer le doute d'une possible suite - "If you think this is over then you're wrong".

« Aussitôt, qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innovation, nous sommes apaisés » disait Nietzche. Le problème de ce King of Limbs c'est qu'il s'apparente plus à un recyclage de vieux démons qu'à une véritable innovation. Scindé en deux avec d'une part une atmosphère analogique largement étayée par ses beats hypnotiques et ses échos fantomatiques rappelant les productions 00's du groupe, d'autre part, des morceaux mélodiques qui rappellent In Rainbows. Certes, ce huitième opus reste un disque très profond, flottant et fuyant qui se laisse apprivoiser au fur et à mesure mais on ne peut s'empêcher de rester sur notre faim. Radiohead entrevoyait déjà son futur en 1997 : No Surprises.


Paul BOUSQUET

Minks - By The Hedge (2011)


Date de sortie : Janvier '11
Label : Captured Tracks

Mike Sniper a une fois de plus dégainé son fusil vers l'imperfection. Celle-ci même que le mentor de Captured Tracks n'a pas oublié de saisir et d'élever pour des groupes tels que Wild Nothing ou Beach Fossils. Ses deux nouveaux poulains s'inscrivent dans cette même veine faite de douces rêveries éthérées qui refroidit les méninges et comble l'espace. Sombre, mélodique et apaisant, Minks est un duo originaire de Boston composé de Shaun Kilfoyle et Amalie Bruu qui mêlent voix d'outre-tombe et volutes d'opium. Chronique.

Depuis trois ans, la scène américaine fait des emules. Deux entités corrolaires se rejoignent chez Minks. D'un côté l'indie-pop rapiécée portée par des groupes comme Atlas Sound ou Ariel Pink, de l'autre un recyclage de l'essence sombre des 80's porté par The XX en 2009 ou encore plus récemment par Cosmetics.
Ainsi, Funeral Song et Ophelia rappellent la fabuleuse période pré-Disintegration des Cure. Synthétiseurs froids, voix mortuaires et ligne de basse omniprésente. On se retrouve propulsé dans un bar où les murs suintent des multiples graffitis et autres sucs gastriques. Du parquet brun grinçant et des tableaux vieillis par le vice, brulés parfois, griffés souvent par de jeunes clients qui aiment vérifier l'originalité de l'oeuvre et y apporter leurs contributions.
En revanche, des titres comme Our Ritual ou Cemetary Rain (malgré les dénominations) sont portés par une guitare folk bien catchy associée aux voix nonchalamment entremêlées de Shaun et Amalie qui insufflent une part de jovialité dans cet univers aux couleurs ardoise. Les chimères de vos amours et de vos regrets défilent et remplissent l'espace de manière familière dans une ambiance cryptique étonnament attirante.

Profondément tourné vers le passé, les amours les regrets et les doutes de l'adulescence, le romantisme des Minks séduit par son ambiance glacialement envoutante. Lors d'un choc, les gens veulent souvent vous prendre par la main en simulant la compréhension. Vos blessures à chair, vous lancez Vampire Weekend en vous levant et espérez laisser toutes les mauvaises ondes entre les murs de votre studio en claquant la porte. Les névroses sont parfois bénéfiques pour rebondir et dégraisser votre rate de son spleen, donnez vous les quarante minutes de l'album de Minks pour y réfléchir.


Paul BOUSQUET

mercredi 2 mars 2011

Destroyer - Kaputt (2011)


Date de sortie : 25 janvier '11
Label : Merge


       Daniel Bejar est l’un de ces compositeurs pour le moins prolifique. A la fois membre de The New Pornographers, de Swan Lake et de Hello, Blue Roses. Le jeune quadragénaire opère aussi sous le nom de Destroyer depuis une quinzaine d’année, un réceptacle où sa plume affutées ne retient rien, pour le meilleur et parfois le pire. Loin des clichés folk de ses débuts, il marrie pêle-mêle l’acid-jazz et la new-wave sur un neuvième album, Kaputt. A la fois fougueux et grave, chaud et intemporel, aérien et aseptisé, le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne reste pas insensible à la destruction canadienne.

       Roi de la finance, vous êtes à New York pour un contrat conclu dans la matinée avec une grande marque de cosmétique. Il est 17h00, des affiches de Reagan sont placardées un peu partout à Manhattan, vous décidez de trainer les pieds dans Chinatown, votre flair est infaillible, ces petits jaunes seront bientôt les fers de lance de l’industrie high tech. Brise automnale, les feuilles mortes jouent de leurs vermeils sur l’asphalte cabossée. Vous mettez en route votre lecteur K7. Caisse claire, trompettes, basses vous étreignent lentement de toute part et réchauffent vos mains violacées. Votre cravate se fait la malle, vous commencez à réfléchir à ce que vous êtes sans elle. La brise s’intensifie et bientôt le caramel que vous étalez soigneusement sur vos cheveux ne fera plus effet. Miné, vous décidez de rentrer à l’hôtel.
       Ambiance jazzy, deux vieux bonhommes sont enfoncés dans leurs chesterfields en tétant des Cohiba. Une brune électrique vous fait de l’œil au comptoir, vous l’abordez et commandez un bourbon. Votre vie sentimentale laissant à désirer (Poor In Love), très vite vos deux corps obtempèrent. Sa main aux extrémités sanguinaires se retrouve sur la votre. Vous montez.

       Dans l’ascenseur, la vue chevauche la grosse pomme, une musique aérienne vous emporte (Kaputt). Tempo apaisant, synthétiseurs 80’s et solo de saxophone, vous pensez que ça fait un peu porno mais vous aimez bien ça dans le fond. « New York City want to see you naked and they will » charrie la voix gracieusement nonchalante, elle ne croit pas si bien dire.
       Vous ouvrez la porte de votre chambre aux couleurs camel, rien de personnel. Une grande baie vitrée saupoudrée des lumières de la ville qui vous fait penser à Lost In Translation, référence que vous acquerrez dans une grosse vingtaine d’année. Après avoir décimé le minibar avec votre joyeuse compagne, vous passez sous la couette. Frasque érotique intemporelle, le temps s’arrête, la flute traversière de Suicide Demo For Kara Walker insuffle l’échine frissonnante de votre partenaire, le plafond se constelle et de petits rayons bleutés glissent sur vos peaux au rythme des coups de reins.
Pincez vous, ce n’était qu’un rêve.

       Un rêve, oui. Derrière cette brume à la fois chic, élégante et sensuelle qui embue vos yeux, Bejar a poinçonné sa musique de textes durs et froids. Une vision poétique des excès de la société actuelle, le cas des junkies et les dérives de l’industrie musicale notamment. L’ambiance raffinée et chaude de Kaputt est une sorte de sédatif hyper-performant destiné à capter toute votre attention, pour peu que vous soyez seul. Une ode aux musiques d’ascenseur 80’s nappées de cuivre qui rappelle Roxy Music, la période berlinoise de Bowie ou l’univers de Frankie Goes To Hollywood. Kaputt, c’est l’état dans lequel ressort votre conscience après ce disque. A moins que ce soit vos organes génitaux, à vous de choisir.

Paul Bousquet

jeudi 6 janvier 2011

Simian Mobile Disco - Delicacies (2010)


Date de sortie : 22 novembre '10
Label : Delicacies

Plus besoin de présenter Simian Mobile Disco, les deux britanniques surfent sur une vague synthétique depuis maintenant plus de cinq ans. Pour leur second disque, SMB avaient perdu autant de fans qu'ils en avaient gagné en lorgnant du côté de l'electro-pop. James Ford et Jas Shaw ont donc décidé de réapater ces brebis égarées avec une poignée de Delicacies bien artisanaux, un retour aux sources plus techno que jamais. En espérant toutefois ne pas réhitérer l'opération dans l'autre sens, rien n'est moins sûr...

Delicacies impressionne d'abord par sa forme. Aucune voix, un premier CD d'un peu plus d'une heure comptant neuf morceaux interminables puis un second disque qui passent ces derniers à la moulinette. Des albums de plus de deux heures, c'est quand même pas très commun donc doublement apprécié.
Delicacies se présente comme un buffet, neuf titres qui prennent le nom de gourmandises exotiques que les deux anglais ont pus dégusté durant leur tournée mondiale. On a ainsi de la gelée, de la salade de nerfs, des crackers de peau, du Fugu -poisson japonais responsable de nombreuses intoxications- ou encore du Hakarl -viande de requin fermentée coupée en petit cube-. Rien de très digeste donc dans cette odyssée gastronomique pour nous, fins gourmets français -cocorico-. Et c'est effectivement la sensation que l'on a sur le palais à l'écoute de ce disque, passé trois morceaux, on est très vite écoeuré et repus, on attend patiemment l'addition, le crâne entre les paluches.

Toutefois, ayant énormément de respect pour SMB, j'ai décidé de ne pas en rester à ce petit goût amer et j'ai passé le disque dans une drunk party aux alentours d'une heure du matin. Le résultat est sans appel, comme un papillon de nuit qui sort de son cocon et déploie ses ailes cendrées, la musique du duo fait mouche. Aspic nous plonge dans les limbes, une obscurité presque glauque qui se prête fortement à n'importe quelle cave tamisée. Le mix enregistré en studio crée la symbiose de toute cette tambouille avec ses mélodies minimalistes et ses montées soniques qui transpercent la caboche et articulent naturellement votre dépouille au rythme d'un balancier réglé au millimètre.

En définitive, Delicacies n'est pas un disque à mettre entre toutes les oreilles. L'écouter en marchant dilatera vos pupilles et vous fera begayer devant la caissière du Monoprix, vous n'avez pas envie de ça, pas vrai ? En revanche, c'est sur un dancefloor que ces missiles soniques délivrent leurs phéromones et aliènent les masses chevelues. La transe éclot et se prononce Simian Mobile Disco.


Paul BOUSQUET

dimanche 26 décembre 2010

Girls - Broken Dreams Club EP


Tracklist :

Découvrez la playlist Girls - Broken Dreams Club EP avec Girls

Date de sortie : Décembre ‘10
Label : True Panther Sound

L’EP ou maxi est un format bafoué, considéré presque comme excrément discographique. A mi-chemin entre le single et l’album, l’EP émane souvent d’un artiste en plein désert productif ou de jeunes groupes qui veulent se faire un nom. Certains virtuoses se complaisent tout de même à l’élever, le magnifier, l’exalter. C’est le cas de Girls qui sort Broken Dreams Club, un maxi qui s’éloigne des sentiers battus par leur premier disque, Album, et qui illustre de bien belle manière la lettre de remerciement envers leurs fans, en six morceaux.

Tout s’est très vite enchainé depuis 2009 pour les californiens de Girls. Découverts par Pitchfork, comparés rapidement à Elvis Costello et les Beach Boys par le New-York Times, ils ont très vite fait l’unanimité. Incarnant l’hypersensibilité juvénile, la nonchalance crado et les volutes de l’hédonisme hippie. Girls c’est le genre de types avec qui on aurait presque envie de partir en vacances au soleil, le coffre rempli de mauvais vin et de pizzas. Presque, car ce sont aussi des cœurs brisés, le premier qui fait un bad emporte assurément tous les autres comme des dominos, vous inclus. Des gars capable de poser leurs états d’âmes sur un son frais et jovial. C’est cette double-facette qui fait la richesse du groupe à la manière du Velvet Underground qui faisait dodeliner sur des paroles sclérosées.

Le changement de cap s’effectue dans la production mais aussi dans l’écriture, plus lustrée et affutée respectivement. Owens et JR White prennent leurs aises dans un studio boisé et s’entourent d’une douzaine de musiciens. Ils prennent confiance et égrainent leurs tripes en enregistrant une petite demi-heure de sons mélancoliquement rêveurs aux effluves de sables chauds. Moins éraillés et saturés, moins égocentrique et désinvolte aussi, on découvre Girls sous un nouvel angle. Le doute –Substance-, la perte de l’être aimé –Heartbreaker- ou encore la solitude –Three Oh So Protective One- sont autant de thèmes abordés avec plus de profondeur, d’incandescence et surtout d’élégance. Les mélodies sont finement ciselées, cinq petits joyaux suivis d’un final grandiose, Carolina. Un sentier embué de brouillard psychédélique suivi d’une explosion émotionnelle qui appuie la digestion de tout le spleen préalable, un retour à la surface sincère et puissant qui met à mal votre bas-ventre.

“…when you give love you will receive love…” déclarait Owens dans sa lettre. De l’amour, ce maxi en regorge et si Broken Dreams Club fait office d’excellente mise en bouche, on ne peut s’empêcher de saliver à l’idée que Girls ont encore énormément à offrir. Et on les suivra, coeur et âme.

dimanche 7 novembre 2010

Kings Of Leon - Come Around Sundown (2010)


Tracklist, en écoute ici :

1. The End
2. Radioactive
3. Pyro
4. Mary
5. The Face
6. The Immortals
7. Back Down South
8. Beach Side
9. No Money
10. Pony Up
11. Birthday
12. Mi Amigo
13. Pickup Truck

Date de sortie : Octobre '10
Label : RCA Records

Kings Of Leon c’est avant tout une histoire de famille, celle des Followill. Trois frères et un cousin, tous originaires de Nashville dans le Tennessee, ils étaient considérés comme le penchant « sudiste » des Strokes. Quatre hipsters moustachus qui mettent au monde un irrésistible son de garage poussiéreux aux tonalités latines, assorti de guitares saturées et de relans de bière. Enfin, ça, c’était avant. Avant que les Followill apprennent à se servir d’un rasoir, avant qu’ils gagnent deux Brit Award en 2008, avant qu’ils signent chez Sony et avant qu’ils mettent à genou l’Amérique. Les Kings Of Leon ont ainsi dévoilé leur volonté d’universalité au détriment de leur son, tiède et lisse. Malgré le maigre espoir qui planait encore sur leur musique, le quatuor a annoncé que leur cinquième album, Come Around Sundown, serait un « retour aux sources ». On prend des pincettes et on lance le disque.

The End, premier morceau, annonce déjà la fin. Ne cherchez pas le clin d’œil, on est très loin des Doors. Une batterie molle, une ligne de basse puis la voix usée de Caleb qui annonce déjà un album épuisant. S’en suit Radioactive, le premier single sorti il y a quelques semaines qui nous avait mis la puce à l’oreille avec son clip. Kings Of Leon se lance désormais dans l’humanitaire comme leurs ainés de U2, c’est bon pour l’image et ça rappelle le clip parodique African Child de Russell Brand, sauf que là, c’est du sérieux. Après une bonne demi-heure d’ennui, on tombe finalement sur la seule vraie chanson de l’album, Mi Amigo, morceau doucereux et mélodique qui ne met pas les plats dans les grands, la simplicité paie parfois. L’album se cloture sur Pickup Truck, morceau lancinant qui fera probablement monter les briquets du Stade de France.

On a évidemment en tête l’image des frères Gallagher qui se sont lentement enlisés puis éclatés, on a aussi l’image de MUSE et de U2, des « groupes de stade » qui ont depuis bien longtemps fait une croix sur leurs fans de la première heure derrière un brushing parfait et des costumes taillés au poil.
Kings Of Leon c’est l’histoire d’une tragédie, l’histoire de petits gars qui ont vendu leur âme pour toucher l’humanité dans son ensemble en vendant leurs places à de jeunes actifs qui vont voir LE groupe pop/rock du moment une fois l’an dans un stade pour en prendre plein les yeux -plus que les oreilles. Malgré la bonne volonté de renouer avec leurs racines, il est déjà trop tard. Pas de rédemption pour Léon.

Chromeo - Business Casual (2010)


Tracklist :

Date de sortie : Septembre ‘10
Label : !K7 Records

Un nouvel album de Chromeo est toujours un évènement pour les dancefloors remplis de dalles épileptiques. Composé de Patrick "P-Thugg" Gemayel et de David "Dave 1" Macklovitch, le duo montréalais continue de réinventer l’electro-funk avec leur troisième album, Business Casual. Un son nappé de synthétiseurs vintage et de vocodeurs qui crée une atmosphère très disco 80’s centré sur une boule à facette aux dizaines de reflets. Des couleurs ardentes, DJ Domi aux platines avec son col de chemise trop large qui empiète sur ses épaules frêles, des mocassins blancs, des traces de gloss sur des coupes de champagne, une fumée lancinante qui s’échappe des lèvres molletonnées de la sublime brune attelée au bar. Sensualité et rétro-modernité rythmée au programme.

On pourrait penser que ça frise le mauvais goût, après tout, si cette facette acidulée des années 80 est derrière nous, c’est pour une bonne raison. Erreur, Chromeo égraine le meilleur de ces années folles, sans tomber dans le cliché grotesque d’un « Début de soirée » -on est quand même pas loin sur le morceau J’ai Claqué La Porte-. Carrément irrésistible, l’album comporte une grosse palette de tubes taillés pour les ondes FM qui vous font tanguer le bassin et qui vous pousseraient presque à baisser les vitres –à la main- de la vieille Citroën Visa pour en faire cracher les boomers sans même une once de honte. Parmi eux, l’incontournable Don’t Turn The Lights On, When The Night Falls ou encore Night By Night avec sa guitare bien cirée pour ne citer que les plus marquants.

Un jour quelqu’un m’a dit que la musique c’était comme la mode, un éternel recommencement. Chromeo l’a bien compris depuis 2007 et sort assurément encore une fois le disque le plus fun de la rentrée. Des refrains et des gimmicks sortis tout droit de la compil Club 80’s sans tomber dans le mauvais goût qui accompagnent déjà toutes les soirées branchées. Un disque à écouter en boucle et à user qui, comme la mode, ne traversera probablement pas les saisons.